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02 - L'enfance à Romay.

Publié par Louis Antoine  - Catégories :  #Chapitre II

02 - L'enfance à Romay.

La nouvelle de ma guérison se propage
dans les foyers et, de ce jour, la dévotion
à la Madone de Romay emplit les cœurs
de nombreux habitants de la région.

Dom Andralde et le chapitre des moines décident que cette dévotion se manifestera chaque année par une célébration mariale le jour de la nativité de la Vierge. La première de ces festivités sera l'occasion de bénir et consacrer solennellement le nouvel oratoire de la madone vénérée.

C'est ainsi qu'au matin du 8 Septembre de l'an mille trois, une imposante procession part du prieuré de Paray. Le Seigneur Jehan de Cypierre et ses hommes d'armes, montant de fringants chevaux, marchent en tête accompagnés de leurs écuyers, Suivent les novices du prieuré précédant le Saint-Sacrement porté par Dom Andralde. A ses côtés le vieux prêtre de la paroisse Notre-Dame, descendu de sa colline pour l'occasion, marche péniblement. Ils précèdent, les quinze moines de la communauté chantant les psaumes. Enfin le petit peuple des vassaux, des marchands, des laboureurs, serfs et manants dans un respectueux désordre.

L'oratoire étant trop exigu pour contenir tout ce monde c'est devant la façade romane orientée au couchant qu'un autel est dressé, recouvert d'une toile de lin immaculée, Les femmes l'ont entouré de feuillages et de fleurs. Il est abrité des rayons encore ardents du soleil par l'avant toit du porche. Dom Andralde célèbre l'office divin qui se termine par le chant du Te Déum psalmodié par le choeur des moines.

Agé de sept ans, je suis au premier rang, entre Arnoul et Fantine mes bons parents et près de Rozala, ma soeur de lait, un peu jalouse de l'auréole que me confère ma miraculeuse guérison. D'un naturel timide, je n'apprécie pas beaucoup le fait d'être l'objet de la curiosité de tous ces gens. Je me retiens pour ne pas leur tirer la langue, sachant que cela déplairait à Fantine, je réfrène ma mauvaise humeur.

Par contre je suis en admiration devant la prestance des cavaliers. C'est la première fois que je les approche d'aussi près. Ils sont bardés de cuir et cotte de maille que recouvre une large cape de couleur pourpre enrobant la croupe de leur monture. J'admire la façon dont les écuyers maintiennent presque immobiles leurs fougueux destriers. Chaque cavalier tient une lance surmontée d'une oriflamme de couleur jaune et bleue que la légère brise agite par instants. Seul le Seigneur porte l'épée au côté et monte un cheval blanc.

A la droite de l'autel, sur trois rangs, les compagnons de la confrérie "des Logeurs de Dieu", arborent avec fierté leur tablier de cuir fauve, insigne de leur appartenance à la société des carriers et tailleurs de pierre. Près d'eux, je suis heureux de voir celui que j'appelle mon parrain, le père de Fantine, dont les moustaches gauloises sont impressionnantes. Nos regards se croisent, il me fait un clin d'oeil complice, histoire de m'encourager.

La cérémonie terminée, le Saint-Sacrement est exposé à l'intérieur de l'oratoire et quelques pieuses femmes restent en adoration. Sous les ombrages voisins, les frères convers dressent une table en utilisant un char de carrière et distribuent pain et vin aux familles présentes, tout cela dans une ambiance joyeuse et fraternelle.

Il faut dire que les années précédentes avaient été marquées par de mauvaises récoltes et que sans la présence des moines et de la bienveillante générosité de l'abbé Odilon, la disette aurait causé la mort de nombre d'entre nous.

Le vin coule en abondance. C'est un vin blanc doré de la récolte de l'an mil provenant des jeunes plants de la colline de Vignemont. Pour les paysans du terroir, habitués à une rouge piquette, c'est une découverte. Le blanc était seulement réservé au vin de messe avant l'arrivée des moines de Cluny. Ils apporterent les fameux cépages de Chardonnay et des conseillers experts en viticulture.

L'un d'entre eux, Guichard d'Ameugny, est une force de la nature et sa truculente jovialité déclenche les rires et les répliques des hommes qui font cercle autour de lui.

Les jeunes filles assemblées près de la fontaine jouent à se mirer dans l'eau. Les gamins ne trouvent rien de mieux que de troubler la surface limpide en jetant de petits cailloux avant de déguerpir en riant.

Les conversations vont bon train et les moines, bénéficiant d'une exemption à la règle, ne sont pas en reste pour rompre leur silence habituel et s'entretenir avec les familles assemblées.

Dom Andralde s'approchant de mes parents adoptifs et félicitant Arnoul pour la réussite de sa sculpture, s'intéresse à ma petite personne, me demandant ce que j'aimerais faire plus tard, "quand tu seras grand" dit-il avec gravité. Cette question me prend au dépourvu et rougissant de confusion, je bredouille la première pensée me passant par la tête: "...J'aimerais bien devenir moine..." A ces mots, Arnoul fronce le sourcil réprimant ainsi cette prétention que moi, Yvain, pauvre enfant trouvé, j'ose exprimer devant le noble supérieur des Bénédictins.

Dom Andralde sourit et contrairement à mon père, il me complimente pour mon choix. Puis, prenant à part mes parents, il les convainc de m'encourager dans cette voie et leur propose de pourvoir à mon instruction en m'autorisant à fréquenter librement la nouvelle école monastique à compter du printemps suivant.

Au milieu de l'après-midi, le silence se fait afin de ne point troubler la prière vespérale des moines. Le curé de la paroisse Notre-dame officie la bénédiction du Saint-Sacrement. Je suis étonné par l'ostensoir en forme de soleil rayonnant et je cherche à distinguer les traits de Jésus que l'on me dit se trouver derrière la petite et ronde lucarne cernée d'or. Déçu de ne rien voir, je trouve par contre que les graviers du sol ont une fâcheuse tendance à s'incruster dans mes genoux cagneux.

Les moines reprennent le chemin de Paray en procession et, sur le soir, tout le monde se disperse, chacun retournant à ses pénates familiers le coeur comblé par cette belle journée d'été.

Les méchantes langues disent qu'il y eut beaucoup de naissances au mois de Juin de l'année qui suivit.

La proposition de Dom Andralde va changer ma vie de sauvageon. Mais Fantine est inquiète. Il ne se passe pas une journée sans qu'elle me sature de recommandations, essayant de m'inculquer les bons usages. Elle ne veut pas que je devienne la risée des jeunes nobles que je vais côtoyer à l'école. Il me faut aussi changer la façon de m'habiller; La robe de bure va désormais remplacer les guenilles que "la Mano", (femme du parrain), s'obstine à rapiécer.

Plus préoccupant pour moi est de savoir comment je vais m'habituer à vivre loin de la famille que j'aime et des camarades de jeu de Romay. Ce sont pour la plupart des filles n'étant pas très attiré par les exploits des garçons dans leurs compétitions. Je préfère le calme et la douceur de mes petites amies, or je sais que l'environnement qui désormais m'attend sera uniquement masculin.

La suite des événements confirmera la crainte que m'inspire cette séparation affective mais il me reste encore six mois pour profiter de mes dernières journées de liberté.

Je passe la majeure partie de mon temps auprès du parrain dont le talent d'artisan me subjugue. Il est forgeron de métier, plus spécialement taillandier et les outils qui sortent de sa forge ont la faveur des ouvriers qui viennent de loin pour s'en procurer. Il s'est installé sous un appentis adossé au mur aveugle de notre chaumière. J'aime le son du marteau sur l'enclume et mon grand plaisir est d'accompagner la cloche de l'Angélus par un martèlement identique à celui du battant. Le parrain rit de bon coeur en frisant sa moustache et me prédit une carrière artistique dans le domaine musical.

Souvent il me parle des voyages qui lui ont fait découvrir la Bourgogne. Il connaît, pour y avoir travaillé, les villes de Dijon, Autun, Vezelay et, son dernier séjour à Cluny, où Arnoul a rencontré sa fille Fantine, l'a fixé définitivement en terre charolaise.

Son étonnante mémoire fait de lui un conteur apprécié lors des veillées d'hiver. Les jours étant plus courts, nous passons nos soirées chez l'un ou l'autre de nos voisins et tout en épluchant les châtaignes que nous trempons dans du lait nous écoutons avec attention les légendes que nous conte le parrain.

Celle que nous préférons est la légende du roi Arthur et de ses chevaliers de la table ronde. L'enchanteur Merlin et la Fée Viviane emplissent nos rêves de mystérieuses épopées. A chaque épisode, le parrain en rajoute un peu et je ne suis pas certain que son propos reflète l'exactitude du récit celtique.

Cette année-là, le mois d'Octobre est particulièrement beau et nous faisons de nos journées une suite d'aventures que mon imagination fertile suggère à ma soeur. Plusieurs amies de Rozala prennent plaisir à jouer avec nous. Etant bien souvent le seul élément mâle de l'équipe, j'ai le beau rôle.

Un jour cependant, prenant modèle sur le moine Daniel, je me propose de soigner ces péronnelles et, l'une d'elles ayant trouvé mon auscultation un peu trop caressante, s'empresse d'en faire part à sa mère. Celle-ci se plaint à Arnoul et je reçois la plus cuisante correction de ma jeunesse.

Je découvre à cette occasion que les relations filles garçons ne sont pas libres de contraintes et il m'en restera un complexe de culpabilité qui se manifestera au gré de mes rencontres avec la gent féminine.

Arnoul était un homme juste et bon. Sa punition n'en fut que plus marquante dans mon esprit mais n'entama en rien l'affection que je lui portais. Contrairement au parrain il n'était pas prodigue de paroles si bien qu'il était surnommé "le silencieux" ce qui n'était pas pour lui déplaire, considérant néfastes les bavardages inutiles. Il traduisait souvent ce silence par la sculpture d'un visage dont la bouche était masquée par les mains. C'était pour ainsi dire sa signature qu'il plaçait toujours dans un endroit très discret des constructions où il avait travaillé.

L'ouvrage ne manque pas depuis que l'Abbé Odilon a décidé, grâce à la fondation du comte Lambert, de poursuivre l'oeuvre de Mayeul son prédécesseur et de construire une grande église conventuelle au lieu-dit Orval sur la paroisse de Paray.

Le hameau de Romay voit arriver de nouveaux renforts et l'on dénombre une quinzaine de familles et autant de célibataires sans compter les enfants,soit un total de vingt feux en plus du four banal. Tout ce petit monde vit en bonne intelligence sous la protection des Bénédictins dont le territoire est réputé inviolable sous peine d'excommunication papale.

Mes fréquentations féminines s'enrichissent de la venue d'une ravissante brunette au prénom étrange de Nanina. Dès que nos regards se croisent, mon coeur bat la chamade. J'éprouve les sentiments d'une première passion que je ne m'explique pas. Son père, sculpteur lui aussi, est d'origine italienne. Sa venue en France coïncide avec le dernier voyage à Rome de Mayeul. Enrôlé pour travailler à Cluny, nous tenons de lui le récit de la capture du saint Abbé par les Sarrasins:

"...Vers la fin de sa vie, Mayeul était allé prier au tombeau des saints apôtres Pierre et Paul et revenait à petites journées par la Lombardie, prêchant dans tous les monastères, quand, arrivé aux étroites vallées Alpines, il tomba aux mains d'une bande de musulmans. Les pirates reconnaissant un chef dans ce vieillard humblement vêtu mais dont la noblesse d'attitude et le calme leur en imposaient, le pressèrent d'envoyer un moine de sa suite pour chercher une forte rançon. Les frères de Cluny, pour réunir la somme de mille livres pesant d'argent demandée, vendirent les objets en or qu'ils possédaient. Leurs messagers remirent la rançon au camp des Sarrasins et ramenèrent dans sa patrie le bon père et ceux qui avaient été pris avec lui..." Parmi eux Giovanni le père de Nanina.

Peu de temps aprés, Mayeul, en route pour Souvigny, fit une halte à l'entrée de la "cella" fondée par le comte Lambert. En remerciement pour la grâce divine de sa libération, il exprima le voeu que ce lieu soit nommé Romay et qu'une croix y soit plantée, premier jalon de la prospérité du Val d'Or. (Le roméen ou romey en italien étant un pèlerin qui va à Rome.)

Par beau temps, nous nous rendons dans la forêt avoisinante pour ramasser des châtaignes et en faire provision pour l'hiver. Il nous arrive de rencontrer, à l'occasion de ces corvées, des enfants de paysans jouant dans la clairière où se trouve leur hutte de bois entrelacé... Nous avons de la difficulté à comprendre leur langage car le patois qu'ils pratiquent n'est pas le même que le nôtre en raison de nos origines diverses. Ils sont de naturel sauvage et d'approche difficile. Bien que correctement vêtus, leur aspect dénote une certaine misère que les disettes des années précédentes n'ont fait qu'aggraver. La principale source de revenus de leurs parents consiste en l'exploitation du bois de chauffage destiné aux grandes cheminées du monastère. Ils possèdent quelques vaches, rarement plus de deux par famille, qui leur donnent le lait, principal moyen de subsistance et la puissance de leur traction pour le transport du bois par charrois. Plus proche de Romay, au gué de Bord, une autre famille est en servage pour les seigneurs de Cypierre. Leur cheptel, composé d'une dizaine de vaches blanches et d'un taureau, dispose d'une vaste prairie en bordure de Bourbince jusqu'à la lisière de la forêt. Leur ferme, comme nos chaumières, est construite elle aussi en pisé recouvert de chaume et c'est là que chaque soir nous allons chercher le lait nécessaire à notre alimentation. Nous arrivons souvent au moment de la traite et la fermière nous gratifie d'une bolée tiède de "lait bourru"qui nous laisse de superbes moustaches blanches au-dessus des lèvres.

L'élément indispensable de nos repas, le pain, nous est fourni par le monastère qui nous délègue, tous les samedis, le frère Gandin et son petit âne gris tirant une charrette chargée de miches, encore chaudes, fleurant bon le froment.

Mon régal est le "pain et d'lait" qui remplace agréablement la soupe des soirs d'été. Pour peu qu'il soit accompagné d'un fromage blanc et frais je suis le plus comblé des gourmands.

Lorsque le pain est un peu dur, le vendredi, Fantine nous fait de la "mitonnette" en mijotant le pain sec avec un oignon dans de l'eau au coin du feu. En ajoutant un peu de lait froid, moi j'aime bien. Par contre, Rozala a de la difficulté à avaler en raison de la consistance un peu visqueuse de cette soupe. Il n'en est pas de même des bouillies de froment qu'elle ingurgite goulûment.

Les hommes, travailleurs de force, ont besoin d'une nourriture plus roborative dont le lard est le principal ingrédient. Le fumet des lardons grillant sur le trépied de l'âtre et venant chatouiller nos narines, est le signal du réveil matinal et l'annonce d'une bonne soupe aux choux. Le parrain cultive avec amour un petit lopin de terre derrière notre logis. Sa spécialité est le chou cabus qui, habituellement, se récolte en Brionnais. Il a obtenu des graines par l'intermédiaire d'un collègue de Chassigny et en recueille précieusement de nouvelles, chaque début d'année, en laissant "monter" quelques beaux spécimens. En complément il sème aussi le navet de Beaubery et il améliore des pissenlits en les butant au début de l'hiver. A cette époque de l'année son jardin ressemble à un champ de taupinières.

Les jours de fête, il n'est pas rare que nous ayons du poisson au menu. Le parrain est un fin pêcheur à la sauterelle et la proximité des rives généreuses de la Bourbince lui fournit l'occasion de bonnes prises. Arnoul préfère la pêche au carreau. J'aime bien le regarder s'arc-bouter pour remonter le filet du fond de l'eau. Parfois le carreau est vide et alors il l'égoutte d'un coup sec, d'autre fois frétillant de poissons argentés il le dépose sur la rive et je m'empresse de mettre dans le panier à couvercle la précieuse friture.

Les péripéties de ces parties de pêche alimentent la conversation des hommes réunis le dimanche sous le gros chêne pour trinquer les coupes d'hydromel. Le parrain exagère toujours la dimension de ses brèmes; si l'on en juge par le geste qu'il fait avec ses deux mains, on croirait voir la silhouette de carpes dodues. Son récit déclenche l'hilarité générale à ma grande confusion; je n'aime pas du tout que l'on se moque de mon parrain!

Cet hiver de l'an mille trois n'est pas trop rigoureux et l'extraction des pierres de la carrière continue presque sans interruption. Arnoul s'est réfugié dans la forge du parrain. Il profite ainsi de la chaleur du feu que j'active en maniant les deux soufflets de peau, un à chaque main, reliés au foyer par des tuyaux de terre cuite unis entre eux par des boyaux de sanglier.

La neige recouvre notre paysage quelques jours avant Noël pour notre grande joie. L'eau s'écoulant de la fontaine provoque une allée verglacée qui nous sert de piste de glissade. Nous appelons ce jeu "la quillade". Les plus hardis des garçons s'élancent et restent debout pendant la glisse. D'autres, dont je suis, moins téméraires, quillent en position accroupie de façon à chuter de moins haut en cas de perte d'équilibre.

Pour la première fois de ma vie, j'accompagne mes parents à la messe de minuit en l' église de l'ancien prieuré du Comte Lambert. En raison de l'accroissement subit de population, celle de la paroisse Notre-Dame ne disposant pas de place suffisante pour accueillir les nouveaux venus. Le monastère de Survaux assure donc le service divin à leur intention.

Ce trajet de nuit reste gravé dans ma mémoire. La vision de toutes les petites lanternes rayonnant sur la neige immaculée donne à ce chemin, cent fois parcouru, un aspect féerique. Les buissons chargés de neige semblent autant de châteaux merveilleux ou d'animaux fantastiques et la flamme de nos chandelles autant de lutins bienveillants.

Les jours suivant Noël, une courte période de froid glacial fige le paysage.

Seul le four à chaux fonctionne. Le chantier arrêté, les hommes occupent leurs journées selon leurs aptitudes à bricoler autour de ce feu. Dans sa forge, le parrain fait des paniers en bois de châtaignier. Arnoul, dans la pièce principale, confectionne un nouveau filet pour son carreau. Le travail des femmes ne varie pas beaucoup: Fantine file la laine que la Mano pelotonne pour tricoter nos chausses. Elle utilise de préférence, pour ce faire, la laine des moutons noirs beaucoup moins salissante. Nous les regardons ouvrer pendant des heures et apprenons ainsi "la manière de faire."

Nous couchons à l'entresol surplombant en galerie le rez-de-chaussée et auquel nous accédons par une échelle. Notre litière composée d'un mélange de paille et de fougère séchées est très saine. La fougère n'étant pas appréciée par les insectes parasites, nous pouvons dormir tranquilles. Le parrain et la Mano dorment en bas dans un coffre formant comme une petite maison de bois avec une porte ajourée qui coulisse. Arnoul a gravé sur la traverse une guirlande de fleurs des champs. C'est l'espace privé des anciens et il ne nous viendrait pas à l'idée d'en franchir le seuil. Par contre dès que le père est levé je m'empresse de prendre sa place aux côtés de Fantine et de me blottir près de sa douce chaleur un bras posé sur son sein. Une tendre connivence nous unit et je ne m'explique pas encore l'émoi qui me trouble en ces moments privilégiés.

C'est la même sensation que j'éprouve lorsque je me trouve seul avec Nanina sauf que je respecte une certaine distance entre elle et moi ne voulant pas risquer une nouvelle correction.

Ainsi se déroulent les séquences d'une vie tranquille au fil des jours... Mais avec la fin de l'hiver, l'échéance de la séparation approchant, Il faut me résoudre à changer d'existence.

 

 

 

À propos

Roman historique et régional inspiré par les écrits de l'abbaye de Cluny et par 60 ans de vie parodienne de l'auteur.